Enquête
Ces banques en ligne qui ont fermé : ce que révèle la vague de 2022-2025
Orange Bank, Ma French Bank, OnlyOne, ING France : enquête sur les banques en ligne qui ont fermé et sur ce qui arrive réellement à leurs clients.
En quatre ans, le marché français de la banque en ligne a perdu quatre acteurs. ING France a arrêté son activité de banque de détail en 2022. Orange Bank a annoncé son retrait fin 2023, avec une extinction étalée sur 2024 et 2025. Ma French Bank a fermé en juillet 2025. OnlyOne a été placée en liquidation judiciaire en février 2025. À cela s’ajoute Shine, passée de la Société Générale à Ageras en 2024, avant que le groupe repris sous le nom Shine ne soit racheté par Cegid le 26 novembre 2025 pour plus d’un milliard d’euros.
Quatre fermetures, un rachat. Sur un marché où, dans le même temps, BoursoBank dépassait les 8 millions de clients et Revolut atteignait 8 millions d’utilisateurs français. Le paradoxe mérite d’être expliqué : la banque 100 % digitale ne meurt pas d’un manque de clients, elle meurt d’un manque de rentabilité par client.
Le compte courant ne rapporte presque rien
Le point de départ tient en une phrase : un compte courant gratuit, en France, ne génère aucune marge directe. Les frais de tenue de compte sont à zéro chez la quasi-totalité des acteurs en ligne — c’est le cas de BoursoBank, de Fortuneo, de Hello bank! ou de BforBank. Les virements SEPA en ligne sont gratuits partout ou presque. La carte, argument commercial numéro un, est offerte sans condition de revenus chez plusieurs d’entre eux.
Une banque en ligne gagne donc de l’argent ailleurs : sur les commissions d’interchange des paiements par carte, sur la marge d’intérêt entre les dépôts collectés et les crédits accordés, sur les frais de courtage en bourse, sur l’assurance-vie, sur le crédit immobilier et le crédit à la consommation. Autrement dit, sur les produits que le client souscrit après avoir ouvert son compte.
C’est là que se joue la ligne de partage. Regardez la gamme de BoursoBank : Livret A, assurance-vie, PEA, bourse, crédit immobilier, crédit conso. Celle de Fortuneo : identique, avec une offre de courtage parmi les moins chères du marché. Celle de Monabanq : complète elle aussi, jusqu’au crédit immobilier. Ces établissements sont des banques de plein exercice, agréées par l’ACPR, couvertes par le FGDR, adossées à un grand groupe — Société Générale, Crédit Mutuel Arkéa, Crédit Mutuel Alliance Fédérale.
À l’inverse, un acteur qui ne propose qu’un compte et une carte n’a qu’une seule source de revenus : les cotisations et les commissions de paiement. Il lui faut alors soit un volume de clients considérable, soit des tarifs assumés. OnlyOne n’a eu ni l’un ni l’autre.
OnlyOne : le seuil de rentabilité chiffré
Le cas OnlyOne est le plus instructif parce qu’il donne un ordre de grandeur rarement public. Cette néobanque verte a été placée en liquidation judiciaire en février 2025 avec environ 3 000 clients, alors qu’elle en visait 10 000 pour atteindre son équilibre.
Trois mille clients à quelques euros par mois, c’est un chiffre d’affaires annuel qui se compte en centaines de milliers d’euros. Face à cela : les coûts de conformité réglementaire, la lutte anti-blanchiment, le service client, le développement applicatif, les frais de licence sur les réseaux de cartes. Le seuil de 10 000 clients n’était pas une ambition marketing, c’était un point mort. Il n’a pas été franchi.
Ce chiffre éclaire rétrospectivement tout le segment des néobanques indépendantes. Il permet de lire différemment les bases clients d’helios, autour de 60 000 clients selon des sources tierces, ou de Green-Got, autour de 70 000. Ces volumes, qui paraissent modestes face aux millions de BoursoBank, se situent en réalité très au-dessus du seuil qui a tué OnlyOne — à condition, et c’est décisif, que le compte soit payant. Ni helios ni Green-Got ne proposent d’offre gratuite : 4 € par mois minimum chez l’une, 6,90 € chez l’autre. Ce n’est pas un défaut de compétitivité, c’est un modèle économique.
Orange Bank et Ma French Bank : l’échec des grands groupes non bancaires
Les deux fermetures les plus lourdes ne viennent pas de startups mais de grands groupes. Orange Bank comptait environ 285 000 clients au moment de son retrait ; 105 000 d’entre eux ont été repris par Hello bank!, la banque en ligne de BNP Paribas. Ma French Bank, filiale de La Banque Postale, a fermé en juillet 2025 : sur environ 675 000 clients, 188 000 ont été repris par La Banque Postale elle-même.
Deux chiffres sautent aux yeux. Chez Orange Bank, un peu plus d’un tiers des clients a suivi la reprise. Chez Ma French Bank, moins de trois sur dix. Autrement dit, la majorité des clients d’une banque qui ferme ne va pas là où on les envoie : ils partent ailleurs, ou avaient déjà un compte principal ailleurs. C’est le second enseignement de cette séquence — beaucoup de ces comptes étaient des comptes secondaires, faiblement alimentés, faiblement rentables. Une base client gonflée par des offres de bienvenue ne vaut pas une base client active.
Ce qui arrive concrètement quand votre banque ferme
Sur le plan pratique, une fermeture organisée n’est pas une faillite. C’est une décision commerciale, annoncée à l’avance, avec un calendrier. Les établissements concernés préviennent leurs clients par courrier et par notification, avec en général plusieurs mois de préavis, proposent une offre de reprise chez un partenaire, et laissent le temps de récupérer les fonds.
Concrètement, vous conservez l’accès à votre argent. Vos dépôts vous appartiennent ; ils ne sont pas absorbés par la fermeture. Vous devez en revanche gérer une migration : nouveau RIB à communiquer, prélèvements à rebasculer, virements permanents à recréer. C’est exactement ce que couvre le dispositif d’aide à la mobilité bancaire, que nous détaillons dans notre guide sur comment changer de banque avec la mobilité bancaire, et il faut aussi penser à clôturer proprement l’ancien compte une fois la bascule terminée.
Le cas d’une liquidation judiciaire, comme OnlyOne, est différent et c’est là que le statut de l’établissement devient déterminant. Une banque agréée comme établissement de crédit relève du Fonds de garantie des dépôts et de résolution, qui couvre 100 000 € par déposant et par établissement. C’est le cas de BoursoBank, Fortuneo, Hello bank!, Monabanq et BforBank. Un établissement de paiement ou de monnaie électronique, lui, ne relève pas du FGDR : il applique un cantonnement des fonds sur un compte séparé chez une banque partenaire. La protection existe, mais elle est de nature différente et sa mise en œuvre est moins automatique. C’est le régime de Nickel, dont les fonds sont cantonnés chez BNP Paribas, ou de Qonto, dont les fonds sont cantonnés chez Crédit Mutuel Arkéa et placés en fonds monétaires détenus chez Société Générale. Notre guide sur la garantie des dépôts du FGDR détaille cette distinction, qui est la plus mal comprise du marché.
Comment lire le marché en 2026
La vague de fermetures a produit une leçon simple : la question à se poser avant d’ouvrir un compte n’est pas seulement « combien ça coûte », mais « comment cet établissement gagne-t-il de l’argent sur moi ». Une banque adossée à un grand groupe et vendant du crédit et de l’épargne a un modèle. Une néobanque payante avec une base de clients engagés a un modèle. Une néobanque gratuite, indépendante, sans produit à marge et sans volume, n’en a pas.
Trois signaux valent la peine d’être vérifiés : le statut réglementaire, la présence d’un actionnaire de référence solide, et le fait que l’offre comporte des produits à marge — crédit, épargne, courtage. Ces critères sont détaillés dans notre guide pour choisir sa banque en ligne, et notre comparatif complet des banques en ligne permet de les vérifier établissement par établissement.
Un dernier point pour relativiser : le mouvement n’est pas uniquement un mouvement de retrait. Le Crédit Agricole a réinvesti 240 millions d’euros dans la relance de BforBank, et le compte professionnel se recompose autour d’éditeurs de logiciels — c’est tout le sens du rachat de Shine par Cegid. Le marché ne se rétracte pas, il se concentre. Ce n’est pas la même chose, mais pour un client dont la banque ferme, l’effet est identique.
Établissements cités
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