Analyse
Néobanques vertes : le modèle peut-il atteindre la taille critique ?
helios, Green-Got, OnlyOne liquidée : état des lieux des néobanques vertes en France et analyse de ce que le client paie réellement pour cet engagement.
Trois dates résument l’état du marché français de la banque verte. Février 2025 : OnlyOne est placée en liquidation judiciaire avec environ 3 000 clients, alors qu’il lui en fallait 10 000 pour atteindre son équilibre. 27 janvier 2026 : Green-Got obtient la levée des conditions suspensives de son agrément d’établissement de paiement, décroché auprès de l’ACPR le 29 septembre 2025. Juillet 2026 : helios revendique environ 60 000 clients selon des sources tierces, Green-Got environ 70 000.
Une mort, une consécration réglementaire, et deux bases clients qui, rapportées au marché français, restent minuscules. La question posée par ce segment est donc double : le modèle vert peut-il survivre, et qu’achète exactement celui qui paie pour lui ?
OnlyOne a donné le chiffre que personne ne publie
La liquidation d’OnlyOne a livré une information rare : le seuil de rentabilité d’une néobanque verte indépendante, environ 10 000 clients. Ce chiffre change complètement la lecture du secteur.
Avec 60 000 et 70 000 clients, helios et Green-Got sont six à sept fois au-dessus de ce point mort. Ce sont des acteurs marginaux à l’échelle du marché — BoursoBank revendique plus de 8 millions de clients — mais ce ne sont pas des acteurs fragiles au même titre qu’OnlyOne l’était. La différence tient à une variable, et elle est décisive : le prix.
Ni helios ni Green-Got ne proposent de compte gratuit. Chez helios, l’offre Liberté démarre à 4 € par mois, le Compte Courant standard à 6 €, le Compte Jeune à 3 € jusqu’au 24e anniversaire, le Premium à 15 €. Chez Green-Got, l’offre Essentiel est à 6,90 € par mois, la Premium à 12,90 € — ou 10,90 € en paiement annuel — et le compte micro-entreprise à 6 €. Sur une base de 60 000 à 70 000 clients payant entre 4 et 13 € par mois, on obtient un revenu récurrent qui n’a rien à voir avec celui d’OnlyOne.
C’est la leçon centrale du segment vert : la gratuité y est incompatible avec la survie. Une banque en ligne classique peut offrir le compte parce qu’elle se rattrape sur le crédit immobilier, l’assurance-vie et le courtage — c’est le modèle que nous décortiquons dans notre analyse de la domination de BoursoBank. Une néobanque verte indépendante n’a ni crédit immobilier, ni Livret A, ni bourse. Il ne lui reste que l’abonnement.
Ce que vous payez, poste par poste
Reste à savoir si l’abonnement est justifié. Sur ce point, il faut séparer deux choses : la qualité du service bancaire, et la valeur de l’engagement environnemental.
Sur le service bancaire pur, le bilan est plus nuancé que ne le suggère le prix. helios est, de tout le panel que nous suivons, l’établissement le plus transparent : c’est l’un des rares à publier une grille tarifaire officielle complète et détaillée, ce que très peu de néobanques font. Ses virements SEPA sont gratuits, classiques comme instantanés, à l’émission comme à la réception. Ses paiements hors zone euro sont gratuits jusqu’à 2 000 € par mois, puis 1 %. Les retraits : 5 gratuits par mois, puis 1 € par retrait, dans une limite de 1 500 € par mois — un plafond bas.
Green-Got fait mieux sur l’international : ses paiements hors zone euro sont gratuits et illimités dans le monde entier, au taux du réseau Mastercard sans commission. C’est remarquable à ce niveau de gamme. Ses virements SEPA sont gratuits et illimités, mais les virements hors zone SEPA n’existent tout simplement pas. Côté retraits, l’offre Essentiel n’en accorde que 2 gratuits par mois dans l’EEE, puis 1 € par retrait ; la Premium les rend gratuits et illimités dans l’EEE. Hors EEE, c’est 2 € par retrait quelle que soit la formule.
Les deux établissements partagent les mêmes limites structurelles : ni dépôt d’espèces, ni chèques. L’alimentation se fait par virement. Green-Got exige un premier dépôt d’au moins 30 € à l’ouverture. Sur le plan applicatif, en revanche, ils sont excellents : Green-Got affiche 4,9/5 sur iOS comme sur Android, la meilleure note du panel, helios 4,6/5.
Le coût annuel de référence donne l’ordre de grandeur : 48 € par an chez helios pour l’offre standard, 82,80 € chez Green-Got pour l’Essentiel. Face à un compte gratuit chez BoursoBank ou Fortuneo, c’est le prix de l’engagement. À titre de repère, Monabanq, seule banque en ligne classique assumant d’être payante, facture 24 € par an son offre d’entrée de gamme et donne accès à une gamme complète jusqu’au crédit immobilier.
Le point réglementaire que les comparateurs se trompent à répéter
Il y a une confusion très répandue sur ce segment, et elle mérite d’être corrigée sans détour. Plusieurs comparateurs affirment que les dépôts chez helios et Green-Got sont couverts par le FGDR. Ce n’est pas exact.
Green-Got est un établissement de paiement, agréé par l’ACPR depuis janvier 2026. Ce statut implique un cantonnement des fonds chez une banque partenaire, pas la garantie des dépôts bancaires. helios opère comme agent prestataire de services de paiement pour OKALI, établissement de monnaie électronique agréé, filiale du groupe Crédit Agricole ; une demande d’extension de licence a été déposée auprès de l’ACPR. Même conclusion : cantonnement, pas FGDR.
Le cantonnement n’est pas rien — les fonds sont juridiquement séparés de ceux de l’établissement. Mais ce n’est pas la même protection, ni le même mécanisme d’indemnisation, que le fonds de garantie qui couvre 100 000 € par déposant chez un établissement de crédit. Cette distinction concerne aussi Nickel, Qonto ou Sumeria, et notre guide sur la garantie des dépôts et le FGDR en détaille les conséquences pratiques.
L’agrément obtenu par Green-Got en janvier 2026 reste néanmoins un marqueur de maturité important : il lui permet de gérer directement ses comptes plutôt que de dépendre entièrement d’un tiers, et c’est précisément la trajectoire qu’helios cherche à suivre avec sa demande d’extension de licence.
Le vrai produit : le fléchage des dépôts
Si l’on ne juge ces établissements que sur leur grille tarifaire, ils perdent. Il faut donc être clair sur ce qui est vendu.
Le principe est simple : votre argent, quand il dort sur un compte courant, est utilisé par votre banque pour financer des projets. helios s’engage contractuellement à ne financer aucune énergie fossile et flèche les dépôts vers des projets de transition écologique. Green-Got fait de même, avec une certification B Corp et une transparence documentée sur l’usage des dépôts, et propose une offre patrimoniale verte cohérente : compte, assurance-vie et plan d’épargne retraite.
C’est un produit d’alignement, pas un produit financier. Payer 48 à 83 € par an pour que ses dépôts ne financent pas d’énergies fossiles est un arbitrage parfaitement rationnel, à condition de le formuler ainsi et non comme un choix bancaire au sens classique. Notre classement des banques vertes compare ces offres entre elles.
Trois choses à vérifier avant de souscrire
Vérifiez d’abord vos plafonds. Chez helios, 500 € de retrait par jour et 1 500 € par mois : si vous manipulez régulièrement des espèces, l’offre ne convient pas. Vérifiez ensuite vos besoins en instruments classiques : sans chèques, sans espèces et sans virement hors SEPA, une partie des usages courants devient impossible. Vérifiez enfin le coût réel sur douze mois, en incluant les frais de retrait au-delà des quotas — c’est le type de poste que nous listons dans notre guide sur les frais bancaires cachés.
Une solution souvent plus praticable existe : conserver une banque principale gratuite et complète pour les crédits et l’épargne réglementée, et ouvrir un compte vert pour les dépenses du quotidien. C’est l’architecture que décrit notre guide pour choisir sa banque en ligne, et notre comparatif des banques en ligne permet d’identifier le complément le moins cher.
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